samedi 24 mars 2007

Un préfet sous les tropiques

Lundi soir, Vincent Bouvier le tout nouveau préfet de Mayotte s’adressa aux Mahorais depuis un bureau de la préfecture. Cette intervention télévisée se voulait une réponse musclée du représentant de l’Etat aux « dérives xénophobes et déclarations (…) contraires aux valeurs de la République » relevées lors des mouvements sociaux de ces derniers jours. Je souscris sans réserve à la condamnation des propos et slogans racistes. Malgré tout, je m’interroge sur l’opportunité de cette allocution stigmatisant les Mahorais ainsi que sa mise en scène trop élyséenne.
Tout d’abord le devoir de réserve fait partie des obligations du préfet même en dehors des périodes électorales. Dans aucune région de France, un préfet ne s’adonne à des discours télévisés. La discrétion de son prédécesseur n’a jamais nui à son efficacité, bien au contraire. Pourquoi M. Bouvier s’accorde à Mayotte des libertés qu’il ne s’imaginerait même pas dans d’autres collectivités de la République ? Si le préfet de Mayotte constate des distorsions aux lois de la République, il dispose de toutes les prérogatives pour appréhender les coupables et les traduire en justice. C’est cela la règle dans un Etat de droit. Au lieu de cela, M. Bouvier se précipite à la télé, avec un ton menaçant, pour réagir à des tracts et vilipender les Mahorais dans leur ensemble.
Cette intervention est aussi une atteinte à la liberté d’information de nos journalistes. L'état de la presse est, partout, un excellent révélateur de l'état des pratiques démocratiques et de la liberté d'expression. A cette aune, Il est inquiétant d’acculer RFO Mayotte à des pratiques de « télévision d’Etat » c’est-à-dire une télévision fade, lieu privilégié de la propagande officielle. M. Bouvier en intimant l’ordre à RFO de venir chez lui, enregistrer son discours, sans possibilité aucune de poser la moindre question, a réussi la mise au pas de la rédaction de RFO, en moins d’un mois de présence dans l’île. On n’est plus dans le système d’apparence formelle de liberté doublée d’un contrôle préfectoral à tous les niveaux, un système discrètement verrouillé. Non. M. Bouvier agit à visage découvert. Les journalistes mahorophones de la station de Pamandzi sont jugés indignes ou incompétents (que sais-je ?) pour traduire les propos du nouveau homme fort du rocher de Dzaoudzi. Comble du mépris et de l’humiliation, le pauvre Henrifina fut prié de lire une traduction préfectorale.
Enfin, le décorum de cette intervention est tout aussi critiquable. La République c’est aussi et surtout des symboles. Pour donner à sa prestation télévisée un caractère solennel, M Bouvier a cru bon jouer au Président de la République. Il s’est assis droit face à la caméra avec le drapeau tricolore en toile de fond ; il ne manquait que la Marseillaise. Même sous les tropiques, un préfet reste un simple fonctionnaire de l’Etat. Il ne doit en aucune manière pousser l’excès de zèle jusqu’à se substituer à une sorte de pseudo-Président de la République délégué au territoire de Mayotte. C’est une dérive d’un autre temps.
Le préfet veut se montrer intransigeant sur le respect des valeurs de notre République. Il a raison, il faut le soutenir et l’encourager dans cette voie. Il faut juste qu’il n’oublie pas de commencer par appliquer à lui-même l’impératif de respect des règles communes.

5 commentaires:

Anonyme a dit…

Je résume pour s'assurer qu'on parle de même chose. Ce texte aborde trois points essentiellement: des propos racistes, un pseudo président et la liberté de la presse (rfo). Les Mahorais seraient devenus des racistes et encore faut-il préciser; c'est un racisme à l'encontre des mzoungous; à l'encontre d'autres catégories de la population et en particulier les comoriens, c'est même très apprécié (pour exagérer). N'étant pas sur Mayotte en ce moment, je ne saurais apprécier les propos anti-blancs tenues dernièrement; cela dit je suis tenté de mettre ma main à couper que ces propos sont largement en deçà des propos que les Mahorais tiennent à l' encontre des Comoriens (à supposer qu'on puisse établir un barème de l'infâme). Ainsi donc, il y aurait un racisme "conventionné" par cette République (dont l'impunité est la règle) et un racisme non conforme aux valeurs de la République. Le racisme est le racisme, à l'encontre de ceci ou de cela, c'est du racisme, condamnable et doit être condamnable (je m engage), un point c'est tout. Je m'étonne que des décennies durant cette république a "subventionné" un racisme anti-comorien à Mayotte et voilà que quand les mzoungous deviennent aussi la cible de ce même racisme, les gardiens du temple viennent nous expliquer que maintenant le racisme ce n'est pas bien. Je dis non, pas "maintenant", depuis toujours et tout le temps ou alors il faut m'expliquer en quoi le racisme anti-blanc serait plus inacceptable que le racisme anti-comorien? C'est le racisme même!
Un pseudo président ou le bâillonnement de rfo ? Il faut aussi dire que le préfet à Mayotte est nous dit-on (à une époque) le Représentant du gouvernement à Mayotte. Faut-il vraiment commenter cette formulation ? Rfo veut dire radio France outre-mer. C’est la voix de la France par delà des mers. En ce sens, le préfet est dans son rôle quand il convoque le rfo chez lui. Le préfet est la France à Mayotte et rfo porte sa voix, la voix de la France. Les journalistes qui y travaillent ne doivent l’oublie sous peine de se voir opposer la phrase magique « ce reportage n’entre pas dans notre ligne éditoriale ». Ils sont libres d’exalter la voix de la France. Rfo à Mayotte a toujours fonctionné de la sorte. Il faut aussi le dire et ne pas faire semblant de le découvrir aujourd’hui, Mayotte vit sous un régime colonialiste ou néocolonialiste. Donc la seule revendication essentiellement métaphysique et qui vaille la peine que les Mahorais y consacrent est la fin de ce régime… à suivre
Ibrahim

Anonyme a dit…

"Donc la seule revendication essentiellement métaphysique et qui vaille la peine que les Mahorais y consacrent est la fin de ce régime".
Ainsi s'est terminé mon premier commentaire. Qu'il soit dit tout de suite, je ne suis pas en train de minimiser les luttes que menent ici et là des organisations pour l'intérêt de Mayotte (nous avons des associations, des syndicats,et autres collectifs de soutien à ceci comme à cela quand ce n'est pas des initiatives privées comme ce blog-ci). Seulement concernant Mayotte, la listes des révendications seraient trop longue à dresser si on se met à les énumérer. Je dis tout simplement que la situation actuelle de Mayotte à ceci de singulier: Mayotte collectivité territoriale à statut spécifique, avant ce fameux collectivité départementale (encore une spécificité bien de chez nous). Un conseiller d'orientation me dit un jour "Mayotte est un cas exceptionnel dans un cas particilier". Belle formulation qui en dit long!
Dans un régime spécifique,revendiquer l'égalité est une chimère; car par définition la spécifité contient la notion de traitement à part, donc pas comme les autres. Ainsi, on a des statut du droit local et de droit commun.Que certains ne feignent de découvrir Mayotte! Pourquoi deux droits?
A mon avis avant que Mayotte ne fasse un bon vers l'avant, il vaut mieux d'abord que Mayotte solde son passé, faire un bilan de 160 ans de présence française sur Mayotte (positif comme négatif). Si ce passé n'est pas soldé alors on va assister à une fuite en avant qui peut se terminer par la désintégration de Mayotte, et alors tout est possible y compris le pire, ces manifestations racistes... à suivre

ibrahim

Anonyme a dit…

"...alors tout est possible y compris le pire, ces manifestations racistes"
Parlons en du racisme, le sujet est sensible, on évolue sur le fil du rasoir quand on traité ce genre du sujet. Il faut le dire personne n'est à l'abri de rien. Est-ce une raison de ne pas s'y aventurer? Non, en tout cas, je prends le risque.Il y a ce que j'appelle le racisme "sympathique" (à supposer que ces deux mots puissent marcher ensemble)et le racisme éhonté et cruel.Métaphysiquement parlant, ces deux racismes sont une abomination; le racisme est le racisme, alors franchement c'est quoi,est-ce que c'est cette histoire de racisme "sympathique"?
Exemple:des jeunes gens (et pas seulement, j'entends des mâles)discutent entre eux et une jeune passe. L'un d'eux dis:"vous avez vu la salope...ou elle est bonne..." et j'imagine des rire ou sourire qui s'ensuit. Accusation gratuite et sans fondement, c'est déjà trop au niveau de la métaphysique, d'autant plus que la personne qui profère ce genre de mostruosité ne sait même pas pourquoi, elle le dit; à la limite,le jeune homme le dit pour faire son intéressant devant ses potes, sauf qu'il le fait derrière le dos d'une jeune fille innoncente (de cette accusation)et vertueuse de surcroit. Et quand bien même,cela serait vrai, ce n'est certainement pour toutes les considérations qu'il a pour elle que notre jeune dit ce qu'il dit. Alors quand on pense que ce jeune ne serait pas non plus un exemple de la vertue, on est en droit de penser que ces paroles là relève du racisme (mépris pour l'autre).
Pourtant, ce genre de phrase sont monnaie courante.
Le racisme devient cruel quand son auteur pense avoir trouvé un fondement à sa connerie contrairement à notre jeune de tout à l'heure qui lance des monstruosité sans savoir pourquoi.
Exemple, inégalité des races, on y a cru pendant des siècles, avec concours de la science à l'appui(taille de crane, taille de bite (rire), taille de ceci...)et qu'il soit dit au passage, les bourreaux comme les victimes y ont cru (ce qui n'exuse rien)à ce...non restons poli, pour une fois. L'histoire de l'hamnité a un côté tragique. Alors tragédie sur tragédie, malgré le fait que la science a fait amende honorable, une partie de l'humanité n'en revient toujours pas, les races ça n'existe pas!comment cela? Les génétiens nous disent qu'un mzoungou peut être plus près (génétiquement parlant)d'un mahorais que ne l'est un mahorais par rapport à un autre mahorais. Malgré tout ceci, certains sont toujours tentés de croire que le racisme anti-comorien est moins grave que le racisme anti-blanc! Quelle catastrophe! Alors quand on pense que les officiels montent au créneux quand ceux-ci sont victimes et demeurent silencieux pour cela...à suivre

ibrahim

Anonyme a dit…

Pour finir, tout n'est pas du racisme. Concernant les Comoriens il est souvent question de l'immigration et ses conséquences. Rappelons que l'immigration se fait toujours d'un lieu où la vie est difficile vers un endroit où l'on espère que le lendemain serait meilleur. Qu'une barrière n'a pu arrêter un mouvement de population.Peut-être qu'il serait sagesse pour Mayotte d'entrevoir tout de suite une large politique de coopération régionale. Chose qui se fera en changeant notre regard sur notre voisinage proche.De même que nos voisins se doivent de changer leurs regards sur nous.
Quand un chef de service fait une reproche à ses subordonnés, ce n'est pas en soit du racisme, même si le chef de service est Mzougou et que le suvordonné est un Mahorais. Evitons de donner une prime aux plus malhonnêtes parmi, dans ce climat de suspicion générale.
Et qu'il soit dit au passage, les erreurs et les fautes sont le fait des individus. Gardons-nous de la tentation de généraliser les cas particuliers. Cette remarque est valable pour tout le monde. Un Mahorais commet une faute, c'est un Mahorais qui commet une faute et non tous les Mahorais; un Mzoungou se comporte en raciste, c'est un Mzougou qui se comporte en raciste et tous les Mzoungous; un Comorien déconne c'est un Comorien qui déconne et non tous les Comoriens.
L'exercice est difficile mais il est tout aussi incontournable; faute de quoi, on va se trouver en reprocher à l'humanité des comportements que nous même entretiennons vis-à-vis d'autre catégories de population. Agissons donc avec raison gardée dans nos revendications.

ibrahim

Anonyme a dit…

Bnojour Mr Maou!!
Bravo!! Je te décerne la médaille d'or pour cet article. Quel courage, quel précision. Sur toute la ligne, je suis entièrment d'accord avec toi. Mr Bouvier pour ne pas dire bouvier doit rester dans sa fonction de préfet et président de la republique de notre île, Tu as bien de lui rapeler que Mayotte a déjà un président.
Ce que je trouve dommage, cet article devait être publier dans les journaux locaux. Je suis convaincu beaucoup l'auront apprécié. Ta vision est très intéressant si tu continues tu sears le concurrent pour ton petit frère. Bon Docteur Maou. Tu es la fièrté de notre village. Bon courage