Personne ne se souvient déjà plus d’eux. Ils étaient pourtant trop jeunes pour mourir. Trop innocents aussi pour que l’on ôte leur vie d’une manière si cruelle. Le Guinéen Boubacar Diallo (12 ans) et le Sénégalais Mohamed Ndaw (14 ans) sont les deux dernières victimes du rallye Paris-Dakar, une entreprise indécente qui humilie l’Afrique et tue ses enfants depuis 1978, date de sa création.
Dans les contrées perdues du continent noir, une fois par an, un club de riches en quête de sensations fortes vient y exhiber, sans pudeur, le luxe et la puissance technologique de l’Occident au nez de populations affamées pour qui survivre est un défit quotidien.
Boubacar et Mohamed ont eu, tous les deux, le tort de se mettre, durant quelques secondes, au travers de la route (de la piste, devrais-je dire) de cette armada d’acier qui parade dans les villages de l’Afrique.
Après un peu plus de vingt ans d’existance, force est de constater que ce barnum est une véritable hécatombe. Il a fait près de cinquante morts dont plus d’une dizaine de spectateurs.
Même quand ça concerne un Fabrizio Méoni (tué en 2005) ou de Thierry Sabine et Daniel Balavoine (tués en 1986), c’est-à-dire des amateurs de vitesse fortunés, en mal d’aventures, conscients des dangers et du prix à payer pour assouvir leur passion violente, la perte d’une vie humaine est toujours regrettable. Mais sacrifier la vie d’un Boubacar ou d’un Mohamed, des garçonnets innocents, parce qu’on veut offrir une vitrine mondiale à des multinationales du pétrole ou d’automobile, via des médias comme France-télévision, est inacceptable. Cela dépasse l’entendement. C’est inhumain.
L’apathie complice des autorités africaines est tout aussi inadmissible. Les dirigeants africains, pour avoir le droit de ramasser les miettes dérisoires que leur jette cette honteuse caravane, ont le cynisme de fermer les yeux. Ils oublient que le Salut de l’Afrique est dans les mains des Boubacar et des Mohamed. C’est dommage. C’est criminel à plus d’un titre.

2 commentaires:
Si l'Afique est méprisé aujourd'hui, c'est que l'Afrique est méprisable. De même reprenant un auteur dont je tairais son nom ici ( consciemment et non par ignorance), si nous avons été colonisée, c'est qu'on était colonisable. Ceci n'est pas pas une exuse en faveur de l'aventure coloniale, seulement tant qu'on reste méprisble, on ne peut pas empêcher le mépris, tant qu'on reste colonisable, on ne peut pas empêcher la colonisation (quelque soit sa forme) et l'Afrique restera à la merci du premier aventurier qui se présentera, bien sûr, toujours avec les meilleures intentions du monde; comme l'enfer est rempli de bonne volonté, il convient d'exiger plus qu'une "bonne intention".
Le défi est donc de rendre sa dignité à l'Afrique. Certains ne croient plus à rien ( ou à tout ), d'autres font un pas avant et dix pas en arrière, sans parler de ceux qui ont entrevue l'ampleur du défi et se sont laissés écrouler sous le poids d'une telle responsabilité. Conscients des enjeux, cette catégorie de personnes décident de ne rien faire: "c'est impossible" s'exlameront-ils.
Ceux qui manque à l'Afrique, ce sont des Hommes de conviction, qui croient que l'Afrique est un continent pleuper des gens comme il existe tant ailleurs et ce qui est fait ailleurs ( par des Hommes ) peut-être fait ici aussi par des Hommes.
Des gens qui croient,des reveurs qui quand ils pensent vont largment au-délà de leur propre personne, des gens dont le sens de l'intérêt général est particulierement aiguisé.
Le défi est de dimension collective... à suivre
ibrahim ahmed
Je rêve du jour où le Rally Paris-Dakar se fera en sens inverse "Dakar-Paris" et où ce seront les "Amateurs de vitesse" africains (cette fois-ci)qui seront au volant de leurs 4X4 et motos à grande vitesses, passant de ville en ville du territoite métropolitain. Et ce jour là, ça ne sera plus un certain Mohamed, ni Mamadou ou même Binéta (!!!!) comme spectateurs mais des François, des Nathalie, etc...
Ceci reste, certes une vision illusoire, mais il n'est pas interdit de rêver!!!!
Merci Maou pour cet article.
Salutations
Darwish
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