Demain dimanche 15 janvier, « la chica superpoderosa » (« la fille superpuissante »), Michelle Bachelet sera, sans doute, élue présidente de la Chili. La candidate de la coalition de centre gauche (Conception Démocratique), est donnée par les sondages largement favorite du second tour des présidentielles. Cette divorcée, mère de 3 enfants (qu’elle élève seule) est créditée de 53% des suffrages contre 47% pour Sébastien Pinera, son adversaire, le candidat milliardaire de la droite modérée surnommé « le Berlusconi chilien ».
La très probable victoire de Mme Bachelet s’inscrit dans un irréversible mouvement mondial qui, progressivement, déboulonne les hommes du sommet de la pyramide du pouvoir politique. Conscientes de leurs forces et leur capacité à façonner les sociétés (au moins autant que les hommes), les femmes, partout dans le monde, se sont décidées de marquer de leur empreinte ce 21e siècle. N’en déplaise à ces mâles.
Dans cette guerre des sexes qui ne dit pas son nom, les femmes ont remporté des batailles significatives ces derniers temps. Souvenez-vous. Le 8 novembre 2005, une grand-mère de soixante sept ans, Ellen Johnson-Sirleaf accède à la magistrature suprême au Libéria. Elle écrasa au second tour du scrutin le favori des médias occidentaux et des jeunes désœuvrés des bidonvilles de Morovia, l'ancien footballeur George Weah. Elle devient la première femme chef d'État en Afrique. L’accession à l’Exécutive Mansion (présidence libérienne) de cette économiste de renommé international, diplômée de la prestigieuse école américaine Harvard, marque une nouvelle ère pour ce pays dont la brutalité des hommes comme Charles Taylor, William Tolbert ou encore Samuel Doe, a plongé dans une extrême pauvreté. Sa persévérance devrait inspirer les femmes du continent africain.
Après la Libéria, ce tsunami tout en string et porte-jarretelle balaya la très virile Allemagne. Le 22 novembre 2005 , Angela Merkel, « Angie » pour les intimes, devient, à cinquante et un ans, la première chancelière de l’Allemagne fédérale. Cette native de la RDA soviétique (elle est née le 17 juillet 1954 à Hambourg) commence sa carrière politique après la chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989. Celle que la presse surnomme « la fille de Kohl » (elle fut la ministre de la Condition féminine et de la Jeunesse puis ministre de l’environnement de l’ancien chancelier Helmut Kohl) a remporté son bras de fer contre le chancelier sortant, Gerhard Schröder et s’est imposée à la tête du gouvernement de coalition SPD-CDU. Elle a la lourde tâche de sortir l’Allemagne du chômage et des déficits publics.
Ces succès de Mmes Johnson-Sirleaf et Merkel viennent après ceux, pas moins significatifs, de Benazir Bhutto (premier ministre du Pakistan en 1988, la première femme à occuper ce type de poste dans un pays musulman), Chandrika Kumaratunga (présidente de la Sri Lanka en 1994), Megawati Sukarnoputri ( présidente de l’Indonésie de 2001 à 2004) et Gloria Arroyo (présidente des Philippines depuis janvier 2001). Une distinction spéciale est à décerner à « the iron lady » Margaret Thatcher (premier ministre de la Grande Bretagne de 1979 à 1990) et à la fille unique de Nehru, Indira Gandhi (premier ministre de l’Inde de 1966 à 1977 puis de 1980 à1984).
Et la branche machiste de la gent masculine a des bonnes raisons de trembler. Des louves affamées rodent à la porte du pouvoir. Le déchaînement du « second sexe » doit placer, en 2008, Hillary Rodham (accessoirement, la femme d’un certain Bill Clinton), au poste de commandement de la première puissance mondiale, les Etats-Unis d’Amérique. En France, l’autre fille cachée de Mitterrand, Ségolène Royal, présidente du conseil régional de Poitou-Charentes depuis avril 2004, nourrit, elle aussi, des ambitions légitimes d’aménager à l’Elysée en 2007. La forte popularité de « Ségolène » (comme la nomment affectueusement les Français) a pris de vitesse les éléphants socialistes qui sont encore à se demander « qui va garder les enfants ? » dixit Laurent Fabius